Introduction de l’éditeur
Sur La Cuisine de Terroir, l’exigence intellectuelle et l’analyse de notre monde agricole ont toujours primé. Pourtant, derrière la rigueur de chaque dossier publié, se cache un cheminement intime forgé dans la plus grande des adversités. Briser le silence sur son propre passé est un acte profondément inconfortable, mais c’est aujourd’hui devenu une absolue nécessité.
En 2014, une dépression ravageuse et une tentative de suicide m’ont poussé aux limites de ce qu’un être humain peut endurer. Pendant des années, j’ai été prisonnier et étouffé par le conditionnement d’un silence familial toxique, une omerta destructrice qui m’isolait du reste du monde. J’ai fait le choix, après une longue période d’errance, de rejeter définitivement cette injonction au secret. Raconter publiquement cette période sombre n’est en rien un manque de pudeur, n’en déplaise à certains ; c’est un devoir d’empathie et de vérité envers toutes les personnes qui souffrent. Face à une société qui ne peut plus se permettre d’invisibiliser la santé mentale, il m’est devenu impossible de continuer à me taire.
À travers cette série d’entretiens hebdomadaires en six épisodes, je lève le voile sur les fondations mêmes de La Cuisine de Terroir. Je vous invite à découvrir comment le retour à la matière, l’exigence documentaire, et le travail des produits sont devenus mes remparts les plus solides face au chaos. Je vous raconte comment l’acte de pétrir un pain, de maîtriser une cuisson, et la volonté farouche de comprendre les luttes de notre monde paysan pour en reprendre le contrôle m’ont littéralement sauvé la vie.
Bienvenue dans l’histoire d’une renaissance par la gastronomie et la vérité, la genèse intime d’une démarche de reconstruction vitale que je nomme la « Culinothérapie ».

- Vous avez récemment fait le choix d’aborder publiquement une période très sombre de votre vie, marquée par une profonde dépression et une tentative de suicide en 2014. Qu’est-ce qui vous a poussé, aujourd’hui, à briser l’omerta sur cet événement ?
Pour certains, cela est un manque de pudeur manifeste, mais il me semble que la santé mentale de tous est quelque chose que nous ne devons plus ignorer. Peu importe que l’on soit mineurs, étudiants, femmes ou bien que l’on soit hommes. La santé mentale pèse trop lourd dans nos sociétés, et il faut que nous en parlions pour faire comprendre aux gens. Faire comprendre que le monde dans lequel nous vivons en 2026 à besoin de compassion et d’empathie. Récemment j’ai parlé d’un épisode pas si lointain qui fut douloureux pour moi, je l’ai partagé le jour anniversaire de ma génitrice. Je remercie chaleureusement toutes les personnes qui m’ont écrit des messages réconfortants et c’est un message en particulier qui disait que je manquais de pudeur. Il faut arrêter d ‘ invisibiliser les souffrances d’autrui, c’est à force de tout garder pour soi que tellement de gens en viennent à faire des tentatives de suicides, et un grand nombre n’ont pas eu la chance comme moi d’en réchapper. En tant que créateur de contenus, tout aussi modeste dans sa portée, il m’est impossible de rester froids et de continuer à me taire alors que je vois que l’on pense que parler de ses souffrances sur les réseaux sociaux est un manque de pudeur!
A ne pas parler, à ne pas savoir en qui je pouvais faire confiance, et à suivre l’enseignement de tout garder pour moi et ne parler qu’entre membre de la “famille” à était la pire des toxicité pour moi et un bon nombre de personnes. Je n’avais personne en qui je pouvais avoir un minimum confiance pour parler, exprimer ce que je ressentais. Alors j’ai pris des médicaments en espérant que cela m’aide à en finir. J’avais réellement envie de mourir, il n’était pas question d’espérer, je n’avais aucun espoir dans cette vie. J’avais juste la volonté que tout cela se termine.
- Le conditionnement au secret familial a été extrêmement lourd. Concrètement, quel a été le déclic, ou le moment précis dans votre vie d’adulte, où vous avez compris que vous aviez le droit – et même le devoir envers vous-même – de rejeter définitivement cette loi du silence ?
Pour tout dire, je pense que c’est avant tout un processus, il y à pas eut réellement de déclic dans le genre où d’un coups d’un seul il y à eut un déclic. Ce fut tout au long de la période 2014-2023 où j’ai compris que je ne devais plus suivre ce schéma de tout garder pour moi. D’oser parler des choses, même si c’est inconfortable autant pour moi qui le dis que pour la personne qui l’entend.
Parce que dire les choses, poser à l’oral (et à l’écrit), je promet que cela fait un bien de fou. Même si ce sont des feuilles que vous brûlerez cela vous fera du bien. Pour ma part, j’avais écris deux copies doubles et j’ai pleurer pendant la session d’écriture mais tout y était pour l’époque…
Ensuite je l’ai relus deux fois pour être sûr de ne rien omettre de ce qui fallait décharger et j’ai encore pleurer. Puis j’ai pris un grand récipient résistant au feu, j’y ai mis les feuilles de papiers noircis à l’encre avant d’y mettre consciencieusement le feu. Bon, ouvrez grand vos fenêtres, faites des courants d’air afin de ne pas faire sonner vos dispositifs anti-feu et fumée dans le logement et ameuter tout le quartier.
- Vous avez évoqué cette prise de conscience d’une violence latente, face à votre mère et à l’attitude de votre frère, qui vous a poussé à fuir Marignane. Comment trouve-t-on la force, à la fois matérielle et psychologique, de s’extraire d’un milieu familial toxique lorsque l’on a été conditionné toute sa vie à subir et à garder le silence ?
Dans mon cas, ce fut une question d’amour propre, je ne supporte pas, je n’aime pas mon fraternel et il est hors de question que l’on se ressemble dans nos comportements. Déjà que l’on se ressemble suffisamment… Quand nous étions petits enfants, il pouvait arriver que l’on nous prenne pour des jumeaux même si nous avions deux ans de différence. Alors il était et reste hors de question d’avoir son comportement!
Mon frère avait eu pendant son adolescence eu des gestes de violences envers mère et notre petite soeur, il en eut également envers moi également. Il à toujours était quelqu’un de belliqueux, si vous n’accéder pas à ce que lui voulait, à satisfaire ce qu’il avait envie ou si vous aviez le malheure d’essayer de vous opposez à lui c’était un calcule froids, des piques, des insultes, des menaces et si vous le contrarier il pouvait se montrer violent quitte à vous blesser gravement et porter une réelle atteinte à votre intégrité physique. Par contre, ne menacez jamais sa propre petite intégrité physique, il essaierait de retourner cela contre vous.
- Le silence imposé par l’entourage et le poids des secrets familiaux ont joué un rôle destructeur dans votre parcours. Avec le recul, comment analysez-vous l’impact de cet isolement sur votre santé mentale à l’époque ?
A 36 ans passé, il m’est possible de dire que c’est une question de conditionnement. Pendant toute mon enfance et mon adolescence nous avions peu de famille, peu de gens qui gravitaient autour de nous. Quand je suis arrivé en février 2013 à Marignane avec mes géniteurs, je n’avais absolument personne vers qui me tourner et c’était une période très compliquée.
J’avais une vraie rupture familiale, mère m’avait poussé à bout et à moment donné il était préférable de partir, je l’ai compris quand j’ai eu une envie de la gifle et que j’en prendrais plaisir. Une fois conscientisé cela, je n’avais d’autres choix. Mon aîné à plusieurs fois eu des gestes violents à l’endroit de mère et de notre petite sœur, bien qu’il en eut aussi à mon encontre je ne voulais pas lui ressembler. Alors je suis parti, et c’est ainsi que pendant des semaines je gardais mon mal-être pour moi. J’avais été conditionné à ce que tout ce qui se passe en famille doit rester en famille… Enfin tout dépendait pour qui cela était le plus profitable que cela restent en famille…
Mes parents, ont toujours pensé qu’il pouvait tout faire pour assurer un contrôle de ce que vous faites, ce que vous dites et ce que vous pensiez. Il ne fallait surtout pas déroger au modèle qu’ils vous ont enseigné, à ne pas contredire, à faire dans la vie ce qu’ils ont décidé être le mieux pour vous. Finalement, ils ont exactement commis, en tout les cas avec moi, les mêmes erreurs qu’ils ont subi de leurs parents surtout mon géniteur. Mais bon, tout cela m’importe peu en fin de compte; je suis tellement mieux sans ces gens.

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