- Cette renaissance personnelle a directement conduit à la création de votre plateforme, La Cuisine de Terroir. En quoi ce projet éditorial est-il le prolongement naturel de votre parcours de soin ?
En premier lieu, il devait être question uniquement de recettes que j’avais envie d’essayer un jour de réaliser. Mais au final, il n’y avait pas de structure de publication réelle… Il n’y avait pas plus de but dans le sens rédactionnel que d’y mettre des recettes. Mais je me suis dis qu’il ne fallait pas se contenter de parler de recettes de terroir… Qu’il était tout à fait logique et souhaitable de parler des produits qui forment le terroir, qu’il soit localement le nôtre ou le terroir des autres. Il me semblait important de décrypter les différents mécanismes de production, de législation agricole pour faire part aux gens de ce que j’en comprenait…
C’est ainsi qu’au début, le contenu du blog à pris son essor rédactionnel. Il fallait pouvoir parler de recettes, mais aussi de tout ce qui touche à ses recettes, ce qui touche à notre alimentation… Sinon cela n’aurait été qu’un autre blog culinaire insipide et ayant pas de valeur ajoutée. Je pense, qu’avec le temps, je me serais lassé du blog et l’aurait laissé à l’abandon…
L’écriture, pour l’écriture, serait un peu vide… Quoique écrire ce que l’on ressent parfois peut faire du bien. A une époque j’écrivais plusieurs copies doubles de ce qui me faisait souffrir avant de les brûler les pages.
Parler de cuisine est quelque chose qui nécessite de faire des recherches et quand le flux de pensée est trop important; avoir quelque chose qui accapare l’esprit en termes de recherche ou de pratiques de nos propre mains, pour ma part me font canaliser ce flux intempestif. Alors c’est impossible de tout bonnement arrêter ni de cuisiner, ni de m’intéresser au terroir et à faire des recherches ainsi que d’écrire.
- L’écriture, la recherche sur le patrimoine gastronomique et le partage avec vos lecteurs sont aujourd’hui au cœur de votre activité. Quel message espérez-vous transmettre à travers votre travail, particulièrement à ceux qui pourraient voir en la cuisine un refuge ?
La cuisine est naturellement notre refuge, mais pour avoir un refuge stable et de qualité il faut aussi prendre en compte les produits. Alors je leur dirai de s’intéresser avant toutes choses aux produits qu’ils comptent utiliser pour cuisiner, s’intéresser c’est se poser des question et se documenter de manière fiable.
Moi, la cuisine et l’écriture sont deux choses qui m’aident beaucoup à me sentir mieux dans ma vie et dans ma peau. J’ai toujours été un rat de bibliothèque, à aimer lire, faire des recherches, prendre des notes et noircir des carnets. Pour moi, l’écriture autour de mes sujets de recherches est une sorte de seconde nature, parce que j’aime “contrôler” les choses que j’ai entre les mains. Contrôler ce que j’achète, nécessite d’avoir des connaissances qui elles-même nécessite de s’informer et d’apprendre…
Contrôler ce qui est possible, est pour moi un gage de sécurité aussi bien psychologique que physique. Un œuf, je peux contrôler sa fraîcheur. Un morceau de viande c’est tout à fait possible, comme la viande ou l’œuf sont produits. Pour le morceau de viande, je veux absolument savoir comment il est mis à mort. Alors je me renseigne, car l’information nous permet de nous éduquer, faire des choix en notre âme et conscience. L’information est un pouvoir que nulle n’a le droit de nous retirer.
Alors, utiliser des produits de terroir, cuisiner et écrire sont des choses pour moi tout à fait naturelles et complémentaires. Alors si c’est uniquement de bons produits et de bonne recette qui vous font du bien, c’est excellent, lancez-vous et cuisinez avec votre âme et vos tripes!
- Vous expliquez que le contrôle de l’information (savoir comment un produit est cultivé ou comment un animal est mis à mort) est un gage de sécurité psychologique. En quoi le concept même de « terroir », avec son ancrage local, son histoire et ses traditions, répond-il particulièrement à ce besoin de vérité et de réassurance ?
Quand vous êtes dans une situation similaire à la mienne, le fait de vouloir vous informer sur tout ce qui touche à la production alimentaire permet d’avoir un tas d’informations de qualité. Et avec ces informations et ces connaissances, vous disposez du pouvoir qu’elle vous donne, et notamment vous donne le pouvoir de vous posez des question éthique et de faire en sorte de modifier vos schémas de consommations pour qu’elle soit plus en adéquation à ce que vous aspirez et souhaitez pour vous et votre famille le cas échéant.
Le fait de comprendre le fonctionnement des abattoirs, de ce qui se passe dans la réalité, vous fait prendre conscience des enjeux. Le fait de savoir que les traités de libre-échange ont un impact climatique, sociologique mais aussi dans les incendies estivales c’est reprendre le pouvoir. Oui les traités de libre-échange ne favorisent pas la diminution des incendis en été, parce que cela détruit le modèle agricole national, les pâturages sont en déclins création de nouvelles zones de friches ce qui permet aux incendies de s’étendre sur un territoire. Le pâturage est une ligne maginot patrimoniale bien plus efficace que la ligne maginot militaire.
- À l’époque, l’écriture était un exutoire éphémère, des mots de souffrance couchés sur des copies doubles puis brûlés. Aujourd’hui, vos textes sur l’histoire culinaire, les législations agricoles et les produits sont pérennes et partagés publiquement. Comment s’est opérée cette transition intime entre une écriture de la destruction et une écriture de la transmission ?
Il y à eu un moment dans ma vie, ou l’écriture ne faisait plus partie de ma vie, que ce soit pour ma prise de note pour X ou Y raisons ni à visée thérapeutique. Ce fut à pendant ce moment que c’était le plus compliqué. Quand j’ai ouvert le blog La Cuisine de Terroir, je faisais déjà des recherches depuis plusieurs semaines et je prenais vite des notes dans des carnets pour écrire mes premiers articles.
Et c’est ainsi qu’en commençant à écrire ce que je pensais sur le terroir, sur les politiques agricoles et en appréciant ce que je faisais en cuisine que la nécessité d’ouvrir un blog culinaire pour parler de terroir s’est montrée nécessaire. J’avais eu par avant différents projets web, mais rien au final qui avait la même portée significative et primordiale à titre individuelle et encore moins utiles pour la société.
Ce qui fut compliqué pour lancer le projet, c’était le choix d’un nom pour le site internet, pour pouvoir prendre un domaine qui marque… Je me suis alors posé, arrêté d’écrire pendant quelques jours pour me poser et savoir ce que je voulais vraiment. Il était clair que je voulais parler de la gastronomie française, mais pas uniquement. Je ne suis pas particulièrement chauvin. J’avais également envie de parler de produit, pas uniquement de recettes. Mais qui font les produits? Qui permet la qualité de notre cuisine? Qu’elles sont les risques et péril que le modèle gastronomique, et le modèle de paysannerie nationale encourt le plus de nos jours. Et au final, La Cuisine de Terroir est arrivé et je savais que je devais lancer ce projet.
J’avais tenu un blog d’opinion, que je pense rouvrir prochainement, mais cela ne me convenait pas. Devoir égrener l’actualité nationale et internationale c’est pas forcément la chose la plus fun et la plus facile à faire. Bien que j’y pense de nouveau, je laisse ce projet un peu en retrait pour vraiment faire de ce site quelque chose qui en vaille la peine, et qui puisse avoir sa place encore dans dix ans!
- Vous maintenez une grande rigueur dans vos recherches et un rythme de travail très soutenu pour faire vivre le site. Est-ce que cette discipline éditoriale quotidienne agit aujourd’hui comme un rempart concret pour protéger et maintenir votre équilibre psychologique ?
Ca joue totalement un rôle, le fait de me focaliser sur mes recherches pour pouvoir écrire des articles de qualité fait que mon esprit reste hyper concentré sur ce qu’il entreprend. Cela diminue mécaniquement le temps à cogiter, à avoir des flux de pensées d’un débit monstre que je ne pourrai pas diminuer. En fait, au plus que j’y pense au plus que je me rends compte que les recherches, l’écriture de mes articles, des prompts pour générer des visuels pour ce blog, cela à remplacer totalement ma consommation de produits illicites.
- En enquêtant sur les législations, la mise à mort des animaux ou le quotidien des producteurs, vous vous confrontez souvent à des réalités agricoles difficiles. Le fait de comprendre, de documenter et de mettre en lumière les luttes du monde paysan fait-il écho, d’une certaine manière, à votre propre résilience personnelle ?
Oui, je pense que cela fait partie de ma propre résilience personnelle. Mais cela va bien au-delà de ma personne, tout ce que je pense comprendre, parce que je ne dis pas que je n’ai pas commis des erreurs d’appréciations mais jusqu’à preuve du contraire… Mes contenus me semblent pertinents quand j’aborde un sujet parce que j’ai fait des recherches, que je me suis intéressé à diverses sources pour concorder les renseignements afin d’établir une vision la plus globale sur les questions soulevées. Je pense, que ce qui fait la force de cette résilience, c’est le fait que le produit de ma propre résilience peut devenir l’outil de la résilience des autres.
Je fais des recherches approfondies sur des sujets majeurs que l’on parle trop souvent de manière superficielle dans les médias traditionnels. Ici, je prends un sujet, je me documente et j’y vais en profondeur sans intérêts strictement personnelle de type lobbying, politique, syndicaliste ou polémiste. Non, j’essaie d’être le plus factuel, le plus honnête intellectuellement pour donner des points de vue globaux sur des questions. Après les gens prendront ce qu’ils souhaitent prendre et délaisseront ce qui leur conviendra de délaisser. Mais je pense qu’avec La Cuisine de Terroir, je donne des ressources diverses en termes de connaissances, par le biais de la diversification des contenus, et les informations qui sont proposées… Après je ne peux rien faire d’autre que de défendre le terroir de notre pays et ceux qui participent à ce que ce soit un terroir vivant.
C’est d’ailleurs ce qui me semble être la base de tout endroit, plateforme avec une visée démocratique. Prendre en considération des ensembles de sujets, les traiter de manières objectives avec un prisme parfois de considération mais tout en étant factuel et honnête intellectuellement. Combien de chroniqueurs et d’intervenants en plateaux télévisés sont factuels et intellectuellement honnêtes? Je me pose la même question chez les politiques de tous bords qu’ils soient où non en politique actuellement.

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